mercredi 25 février 2015

Bébés à 3 parents en Angleterre : Doit-on « améliorer » notre patrimoine génétique ?

Les parlementaires anglais viennent d’adopter une loi autorisant les manipulations génétiques sur l’être humain. De quoi s’agit-il ? Chez certaines femmes, les ovules présentent une particularité qui prédispose leurs enfants à certaines maladies dégénératives comme le diabète ou la myopathie. Cette particularité se loge dans l’ADN d’une mitochondrie de l’ovule. L’opération que viennent d’approuver les parlementaires anglais consiste à extraire cette mitochondrie et la remplacer par une autre, extraite de l’ovule d’une autre femme. Ce que retiennent les médias c’est que, biologiquement, l’enfant aura trois parents. En fait, les enfants à naître seront les premiers dont le patrimoine génétique aura été modifié. Ils transmettront cette modification à leur descendance.

Mais cette décision des parlementaires suscite de nombreuses questions. Là où certains louent un progrès décisif contre la maladie, d’autres dénoncent une dérive eugéniste, celle qui consisterait à « purifier » le patrimoine génétique humain. Tout comme une large majorité de citoyens anglais, plusieurs autorités scientifiques ont manifesté leur opposition à cette loi. Ces derniers dénoncent le manque de recul sur les conséquences d’une telle manipulation qui pourrait, selon eux, entrainer d’autres pathologies tel que le cancer.

Ce qui retient mon attention, c’est la visée préventive et non thérapeutique de l’opération. Car il ne s’agit pas de soigner une maladie, mais bien d’éviter qu’elle survienne. C’est l’argument principal des promoteurs de cette technologie. Argument qui devient décisif dès lors que l’on qualifie la particularité génétique incriminée de « dysfonctionnement ». Fait remarquable qui n’est peut-être pas innocent, aucun article rapportant la nouvelle ne publie des chiffres qui quantifient le risque. A savoir : Quel pourcentage de personnes ayant cette particularité génétique développent des maladies ? Les parlementaires anglais disposaient-ils de cette information ?

La génétique est impliquée dans de nombreuses maladies. C’est un fait validé par la science. Cela ne signifie pas que la génétique soit la seule cause de ces maladies. Prenons l’exemple de l’obésité. Il existe aux Etats-Unis, dans l’Arizona, une tribu indienne, les Pimas, particulièrement affectée par cette maladie. Le taux d’individus dont l’IMC (indice de masse corporelle) est supérieur à 30 avoisine les 70%, soit le double de celui de la population blanche américaine. Les enfants Pimas détiennent le triste record du plus important pourcentage d’obésité au monde. Cette tribu compte aussi, proportionnellement, le plus grand nombre de malades de diabète de type 2.

Indiscutablement, cela est dû à des différences génétiques. Cette population est étudiée avec constance depuis plus de trente ans par des équipes scientifiques du monde entier. Elles recherchent ardemment les causes génétiques de l’obésité. Nul doute que si elles les trouvent un jour, l’industrie médicale n’aura de cesse d’y trouver une parade. Et celle-ci sera probablement de même nature que celle que les parlementaires anglais viennent d’autoriser. Elle consistera à modifier le patrimoine génétique de l’ovule afin de « corriger les gènes défectueux». Permettre à des femmes atteintes de cette maladie de ne pas la transmettre à leurs enfants, c’est ainsi, sous ces atours humanistes, que sera présentée la chose. Sauf que la génétique n’est pas la vraie cause de l’obésité. La vraie cause est alimentaire. La génétique n’est qu’un facteur de prédisposition ou un facteur aggravant. Car c’est un fait bien documenté, les indiens Pimas ignoraient cette pathologie avant d’adopter le régime alimentaire américain. Jusque dans les années 50 leur taille était plutôt fine.

Des particularités génétiques, tout le monde en a. Elles ne sont pas neutres. Elles déterminent des fragilités ou des forces, parfois les deux mais elles sont rarement pathologiques ou handicapantes. Ainsi, au contact d’une alimentation inappropriée, les indiens Pimas deviennent obèses et diabétiques quand les blancs européens vont faire des maladies cardio-vasculaires, des cancers, des AVC.
Voilà en quoi la décision des parlementaires britanniques est inquiétante. Elle valide l’idée que notre patrimoine génétique est imparfait et perfectible. Elle admet que nous sommes en droit de corriger ces « imperfections » sans regarder ce que nous cachons derrière ce vocable. Elle est inquiétante parce qu’en allant dans cette direction nous nous attaquons à un édifice extrêmement complexe. Un édifice qui s’est façonné au cours de centaines de million d’années d’évolution, au contact et en interaction avec une nature vierge jusqu’à en épouser parfaitement les contraintes … et les potentialités.

Aussi, avant d’envisager les causes génétiques, ne serait-il pas sage de mettre notre organisme en contact avec un environnement plus conforme à ses données génétiques ? Cela ne veut pas dire quitter son ordinateur, son smartphone, fuir la ville et aller se réfugier dans une forêt vierge. Non, ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Par environnement nous devons comprendre « nourriture », « air que l’on respire ». Ce sont là les deux principaux vecteurs d’interactions et d’échange entre notre organisme et le monde extérieur. Autrement dit, respirer un air sain, faire une bonne place aux fruits et aux légumes en crudité, ne pas hésiter à faire de temps en temps des repas exclusivement crus, par exemple à la belle saison, voire plus si le cœur vous en dit.

Mommy, daddy... and mommy : vers des bébés à "3 parents" au Royaume-Uni
 
L’environnement des indiens du sud des USA est devenu obésogène
 
En Arizona, les Indiens pimas recordmen du diabète.

mercredi 28 janvier 2015

Compléments alimentaires : Pourquoi il faut s’en méfier !

Tous les sites web et les magazines traitant peu ou prou de santé, de nutrition, de médecine naturelle, de sport voire de bien-être en parlent. Il en existe pour tout : pour dormir, mincir, bronzer, avoir une belle peau, ralentir le vieillissement, faire pousser cheveux et ongles, donner de la vitalité, de l’énergie, contre la fatigue, la dépression, les douleurs articulaires, le cholestérol, les troubles intestinaux et ceux de la ménopause. Les compléments alimentaires sont devenus l’appoint incontournable à la nourriture quotidienne de plus d’un quart des femmes et de 15% des hommes (selon le site Doctissimo). 

Le complément alimentaire est un médicament qui ne dit pas son nom

Dans le but louable de protéger le consommateur, une loi réglemente les allégations de santé sur les produits alimentaires. Elle oblige les fabricants à en apporter la preuve scientifique. Aussi, pour que vous puissiez acheter un complément alimentaire censé ralentir la chute des cheveux, le fabricant a dû présenter des preuves scientifiques à l’autorité de régulation. A première vue, cette législation semble pertinente. En fait, elle ne l’est pas. Car ce que l’on demande au fabricant n’est pas de démontrer l’efficacité de son produit mais de justifier les allégations de santé sur la base d’études scientifiques. C’est subtil mais avec un exemple c’est plus clair. Dans le domaine médical, il existe des centaines de milliers d’études qui portent sur les propriétés biochimiques de métabolites présents ou susceptibles de l’être dans notre organisme. On peut ainsi, en cherchant bien, trouver quelques études concernant la kératine, le composant principal des ongles et des cheveux. Et parmi ces études, certaines signaleront que tel métabolite améliore la production de kératine. Il suffit alors à un fabricant de mettre au point une gélule contenant ce métabolite miracle. Il s’appuiera sur ces études pour justifier des allégations telles que : « stoppe (ou ralentit) la chute des cheveux » ou encore « favorise la repousse des ongles et des cheveux ». Il précisera même dans sa notice que l’efficacité de son produit est démontrée scientifiquement. Mais contrairement au médicament, cette gélule n’a pas besoin de faire la preuve de son efficacité réelle, ni d’identifier ses effets secondaires, ni de définir sa posologie, ses contre-indications. Elle a pourtant tout d’un médicament et devrait être considérée comme tel. En effet, tout comme les médicaments, les compléments alimentaires ont des effets indésirables, des contre-indications. Ils ne doivent pas être pris inconsidérément et sur une longue durée. Ils peuvent même s’avérer dangereux ou avoir l’effet inverse de celui recherché. C’est typiquement le cas des antioxydants, fortement déconseillés en cas de cancer. Suite à de nombreux signalements d’effets indésirables, l’ANSES (Agence Nationale de SEcurité Sanitaire) a mis en place un dispositif de vigilance. En quatre ans, elle a recensé pas moins de 1565 signalements. 

En principe, le but des compléments alimentaires est, comme leur nom l’indique, de palier à des carences alimentaires. Ils se distinguent des médicaments en ce sens qu’ils n’ont pas été conçus pour traiter une ou plusieurs pathologies bien identifiées. Mais c’est bien là leur seule différence. En réalité, les compléments alimentaires ne sont pas des produits anodins comme le laisse penser leur appellation. La prudence vous conseille de n’y recourir que sur avis médical. En effet, depuis quelques années déjà, on soupçonne les antioxydants pris en compléments alimentaires d’avoir l’effet inverse de celui recherché. Des études récentes ont montré qu’ils augmentaient le risque de cancer du poumon et celui de la prostate au lieu de le réduire. Ce que l’on découvre pour les antioxydants a toutes les chances de se répéter pour d’autres types de compléments alimentaires. Même si certains d’entre eux se révèlent réellement efficaces, leur utilisation n’est pas toujours sans dangers. Ce n’est pas parce qu’ils sont à base de plantes qu’ils sont inoffensifs.

Pris en automédication, le risque est grand de faire un mauvais diagnostic. Ce n’est pas parce qu’une publicité prétend que le corps à besoin de magnésium que votre organisme en a effectivement besoin. Et quand bien même vous en auriez besoin, le risque est grand de surdoser.

Ayez une alimentation complète, plutôt que de la compléter

Aussi, plutôt que de complémenter votre alimentation, veillez à avoir une alimentation complète. Concernant les antioxydants, le site web « La maison du cancer » affirme qu’ils sont moins efficaces en compléments qu’apportés par l’alimentation. Il donne l’explication suivante : « Il existe des synergies entre les différents constituants d'un même aliment, ce qui renforce ses effets bénéfiques, confirme le Dr Michel Lallement. Ainsi, une étude a montré que le lycopène, un caroténoïde contenu en particulier dans la tomate, était moins efficace en extrait que dans le végétal entier. » Il est probable que de telles synergies existent pour de nombreux nutriments, pas seulement pour les antioxydants. D’ailleurs d’autres études semblent confirmer l’importance de ces synergies jusque dans la manière de préparer les aliments. Ainsi, alors que consommés entiers les fruits diminuent le risque de diabète, ils l’augmentent significativement lorsqu’ils sont en jus. Les chercheurs expliquent cela par la présence de micronutriments qui protégeraient les glucides et qui seraient détruits lors de l’extraction du jus.

Pour que votre alimentation soit riche en tous ces nutriments vendus en gélules, privilégiez les fruits et les légumes. Résistez à la tentation d’en faire des jus. Recherchez la diversité. Ne vous cantonnez pas aux quelques fruits et légumes courants et tellement hyper sélectionnés qu’ils ont perdu la plupart de leurs nutriments. Cherchez de nouvelles variétés, plus rustiques, voire sauvages et consommez les tel quel pour en profiter pleinement, sans vous forcer car le plus important est de prendre du plaisir. Cela devrait suffire à effacer toutes vos carences.

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