samedi 27 juin 2015

Qu’est-ce que le crudivorisme ? Les réponses à vos questions ...

Ce mois-ci je vous propose quelques réponses aux questions qui reviennent les plus souvent dans vos messages à propos de l’alimentation crue. En espérant qu’elles vous seront utiles.


Ne risque-t-on pas de se carencer en mangeant cru, notamment en hiver ?

Si vous mangez cru en vous abstenant de mélanger, broyer, assaisonner ou réduire en jus, vous avez les meilleures chances d’avoir une alimentation bien équilibrée. En préservant les saveurs originelles des aliments, cette façon de manger cru permet à votre corps de bien identifier les aliments et d’en extraire ce dont il a besoin avec exactitude.


Sans assaisonnement, les légumes doivent être immangeables ?

Il faut parfois un certain temps d’adaptation pour apprécier les légumes tels que les diverses sortes de salades ou de choux, les brocolis, fenouil, céleris. Ce sont des aliments très riches en nutriments essentiels qui contribuent énormément à l’équilibre métabolique. Consommés régulièrement, même en quantité modeste, ils renforcent le niveau général de plaisir lors des repas.


Justement, le fait de les rendre plus faciles à manger, en les assaisonnant par exemple, devrait permettre de mieux profiter de leur richesse en nutriments ?

Justement non, parce que le mélange des saveurs trouble le travail de notre bulbe olfactif chargé d’analyser ce que nous mangeons. De ce fait, il transmettra des instructions plus ou moins pertinentes au système digestif. La sécrétion des sucs digestifs en sera perturbée. Parfois ceux-ci ne seront pas les bons, parfois ils seront trop abondants, parfois en quantité insuffisante. Il s’en suivra une digestion imparfaite, certains nutriments pouvant ne pas être assimilés alors que d’autres moins nécessaires passeront dans le sang en surnombre. Au bout du compte, les apports ne correspondent pas aux besoins.


C’est quand même mieux de manger cru assaisonné que cuit ?

Bien sûr. Les transformations chimiques induites par la cuisson sont autrement plus problématiques pour notre système digestif qui doit faire face à une multitude de molécules nouvelles inconnues de notre patrimoine génétique. Il n’empêche, si vous prenez l’habitude d’altérer le goût originel de vos aliments vous perdrez en plaisir. C’est paradoxal et contre intuitif mais c’est la réalité. Cela est dû au décalage créé par l’artifice entre l’analyse du contenu et la réalité des apports nutritionnels. La fonction principale du goût est de nous attirer vers ce qui est bon et utile à notre corps et de nous éloigner de ce qui est néfaste ou inutile. Elle a pour effet de nous donner du plaisir à manger ce qui est bon et utile et de rendre insipide, voire désagréable, tout le reste. Sucrer, saler, épicer, ajouter de la sauce, tous ces artifices détournent notre sens du goût de sa fonction régulatrice. A cause de ce détournement, la répétition de sensations gustatives dénaturées se traduit invariablement par une baisse du niveau de plaisir. Un nivèlement par le bas auquel se conjugue un sentiment de frustration latent qui se traduit souvent par un rapport conflictuel à son alimentation : comportements compulsifs, addictions, boulimie, culpabilité, sentiment de se faire du mal, etc.


Peut-être mais quand même, ça ne vous manque pas un bon Cabernet, ou un bon vin de Bordeaux ?

C’est un autre effet de l’alimentation transformée. Elle contient parfois des molécules qui agissent sur les centres du plaisir. C’est le cas, entre autres, de l’alcool. Alors c’est vrai que les vins donnent des sensations de plaisir, mais de plaisir vide car c’est un plaisir qui n’est pas la récompense d’un apport utile à l’organisme. C’est même un plaisir dangereux car il devient très vite addictif.


Ce régime n’est-il pas contraignant ?

« Régime » n’est pas le terme approprié dans la mesure où il s’entend habituellement comme un mode d’alimentation temporaire et contraint ayant généralement un but thérapeutique. Bien que s’abstenir de toute forme de transformation puisse apparaître comme une contrainte, le crudivorisme n’est en rien contraignant puisqu’il consiste à manger selon son bon plaisir sans se soucier d’équilibre diététique ni de quantité.


Justement n’y a-t-il pas des quantités journalières recommandées ? Je mange beaucoup de carottes et j’ai lu un article qui dit que cela peut favoriser le cancer du poumon. Je mange beaucoup de dattes j’ai peur d’avoir trop de sucres. Ne risque-t-on pas des carences en protéines ?

Sous réserve d’un bon approvisionnement en fruits, légumes, oléagineux, miels, etc., y compris des produits animaux, crustacés, coquillages, poisson, viandes (même si c’est occasionel), sous réserve que ces nourritures soient de bonne qualité, bio de préférence, et qu’elles ne soient pas dénaturées par du broyage, des mélanges, de l’assaisonnement, vous pouvez faire confiance en vos sensations, en vos perceptions olfactives et gustatives. Elles sont fiables.
N’ayez aucune crainte. Si la carotte est bonne pour vous, c’est que votre organisme en a besoin. Si ce n’était pas le cas, vous n’auriez aucun plaisir à en manger. De même pour les dattes qui, comme le miel ou les fruits secs, donnent en bouche des sensations de brûlure quand l’organisme a fait le plein.
Pour ce qui est de l’équilibre nutritionnel en général et des protéines en particuliers, elle est garantie par la diversité. Vous trouverez les protéines végétales dans les oléagineux, les avocats, le safou, les légumineuses. Ne négligez pas les protéines animales comme les œufs, les fruits de mer, le poisson, la viande. Dans les légumes vous trouverez quantités de principes actifs et de micro-nutriments qui vont contribuer à votre équilibre métabolique. Pour ce qui est des fruits, n’hésitez pas à élargir votre choix au maximum. Recherchez les variétés anciennes, souvent beaucoup plus nutritives. Ne vous contentez pas des fruits locaux, surtout en hiver. Un apport de fruits exotiques est souvent nécessaire sous peine de ressentir à la longue de la frustration, voire des envies de retour au cuit. Cet apport peut être modeste, 10% suffisent largement, mais il est nécessaire.


La viande crue ?! Vous mangez de la viande crue ?

Oui bien sûr. La viande est d’ailleurs bien meilleure crue que cuite. Ceux qui affirment que la cuisson attendri la viande se trompent lourdement. S’ils prétendent cela c’est qu’ils n’en n’ont jamais mangée crue. Les bons bouchers testent la viande en la goûtant crue. C’est ainsi qu’ils peuvent réellement se rendre compte de sa qualité. Cela dit la viande reste une part modeste de l’alimentation humaine. Modeste mais nécessaire, notamment à cause de la vitamine B12. A défaut de viande, les œufs constituent une bonne source de cette vitamine quasiment introuvable dans le monde végétal. Il faut savoir que cette vitamine n’est pas synthétisée par l’organisme, qu’elle doit impérativement être apportée par l’alimentation sous peine de carence dont les conséquences ne sont pas anodines.


Que répondez-vous à ceux qui refusent la viande par respect de la vie animale ?

Quelque soient les raisons philosophiques, religieuses ou autres, qu’elles soient bonnes ou pas, elles ne peuvent se substituer aux fondamentaux de notre constitution biologique. Pour ceux que cette réalité indispose, il reste la possibilité de prendre de la B12 en comprimé sur prescription médicale.


Reste le problème de l’impact écologique. Celui de la viande est particulièrement désastreux.

Il est dû à la consommation largement excessive de viandes dans les pays développés. Pour être consommée crue la viande doit provenir d’animaux en bonne santé, élevés toute leur vie dans leur milieu naturel, pratiquement à l’état sauvage, sans apport de nourriture en hiver, sans soins artificiels tels que des vaccinations ou des antibiotiques. De tels élevages, il en existe, ont un impact positif sur l’environnement. Ils contribuent efficacement à l’entretien d’espaces naturels parfois peu accessibles et à la régénération des sols grâce à leurs déjections. Bien que peu productif, ce type d’élevage peut largement suffire aux besoins humains partout sur la planète. On est loin des élevages concentrationnaires industriels.


Et les fruits exotiques ? Par idéal pour le bilan carbone !

Il est quand même bien meilleur à celui des produits alimentaires de la grande distribution. La part de produits exotiques peut rester modeste, de l’ordre de 10%. C’est la pauvreté de la biodiversité locale qui la rend nécessaire. Pour maximiser l’approvisionnement local, il faut privilégier les variétés rustiques et réhabiliter des fruits et légumes méconnus afin d’améliorer la couverture nutritionnelle et limiter ainsi le recours à des produits importés de pays lointains.


Quel nom donnez-vous à ce régime ?

A cette pratique alimentaire ? Crudivorisme, tout simplement. Le mot vient d’entrer dans le dictionnaire.


samedi 30 mai 2015

Ce que les grands singes pourraient révéler sur nous-même

Un des événements marquant de l’actualité culturelle parisienne du mois de février dernier fut l’ouverture de l’exposition « Sur la piste des grands singes » au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris, exposition que vous pouvez visiter jusqu’au 21 mars 2016. Inaugurée en grande pompe par plusieurs ministres dont ceux de la culture et de l’écologie, elle fut largement médiatisée. Et ce qui a retenu l’attention des médias est cette capacité extraordinaire qu’ont les signes à se soigner par eux-mêmes.

C’est en effet une des avancées marquantes dans la connaissance que nous avons de nos plus proches cousins. Nous les savions intelligents, nous nous étions rendu-compte qu’ils étaient capables d’utiliser des outils, d’avoir des comportements culturels, d’avoir une conscience d’eux-mêmes et même de rire, de plaisanter ou de ressentir de l’empathie. Toutes choses que l’on croyait propre à notre genre humain. Nous découvrons aujourd’hui qu’ils savent spontanément quelles plantes utiliser pour apaiser leurs maux, chose dont nous sommes bien incapables. Ainsi, par exemple, pour soigner des maux de ventre vont-ils grignoter l’écorce d’une espèce d’arbre particulière, l’albizia. Pour expulser des parasites intestinaux, ils roulent les feuilles rugueuses et velues d’aspilia qu’ils avalent sans les mâcher.

Les chercheurs voient dans ces comportements la possibilité de découvrir des principes actifs inconnus susceptibles d’être utilisés pour créer de nouveaux médicaments. Moyen pour eux d’intéresser l’industrie pharmaceutique à leurs recherches et d’en obtenir des financements.

Mais comment font ces animaux pour identifier les plantes qui peuvent les soulager ? Comment déterminent-ils quelle partie de la plante utiliser et quelle quantité consommer ? Ces questions restent d’autant plus mystérieuses pour les chercheurs qu’il n’y a visiblement aucune transmission générationnelle de ce savoir. Les singes ne sont d’ailleurs pas les seuls animaux à pratiquer l’automédication. Elle a été observée même chez des insectes. Quelle est donc cette préscience dont bénéficient les animaux et dont nous serions privés ?

Mais en sommes-nous vraiment privés ?

En partageant leurs observations avec les populations locales, les chercheurs se sont rendu compte que les guérisseurs utilisent les mêmes plantes pour les mêmes usages que les animaux de la forêt. Peut-être est-ce là le signe que les peuples primitifs n’étaient pas totalement dépourvus de cette préscience si largement répandue dans le règne animal. Sommes-nous si éloignés, coupés de notre nature animale que cette préscience serait inaccessible à nous autres modernes, pétris de technosciences ?

Je n’en suis pas certain. Je pense même le contraire. Depuis longtemps sur ce blog, je défends cette pratique du crudivorisme sensoriel qui consiste à manger cru en évitant les mélanges ou les transformations telle que l’extraction de jus, le broyage ou l’assaisonnement afin de préserver les goûts et consistances originels des aliments. Ce n’est pas par intégrisme, ni pour satisfaire une idéologie jusqu’au-boutiste d’un retour à la vie sauvage. Il s’agit simplement de permettre à cette préscience de s’exprimer.

De même que notre corps réagi au chaud et au froid, de même qu’ainsi il nous signale en fonction de l’état dans lequel se trouve son métabolisme s’il apprécie ou pas l’effet de la température par des sensations tantôt agréables tantôt désagréables, de même, lorsque nous ingérons un aliment, notre corps réagit en fonction de son état physiologique. Dès la mise en bouche, avant même parfois, nos organes sensoriels olfactifs et gustatifs se mettent en alerte. Le bulbe olfactif analyse la composition chimique de l’aliment. Sous réserve que cet aliment soit cru, non dénaturé ou mélangé à d’autres, le bulbe olfactif identifie les nutriments et les principes actifs qu’il contient, quantifie les besoins qu’en a l’organisme. S’il y a adéquation entre l’offre et la demande, nous ressentons du plaisir, un plaisir d’autant plus intense que la demande est forte. Inversement, à défaut de demande, l’aliment perd toute saveur, voire devient d’autant plus désagréable que l’offre est en excès. Le crudivorisme sensoriel permet à tout un chacun d’expérimenter facilement la variabilité des goûts qui témoigne de la variabilité de nos besoins nutritifs. C’est une pratique alimentaire indépendante de toutes considérations idéologiques, religieuses, culturelles, scientifiques ou même médicales. Elle laisse libre court aux sensations, à l’envie, à l’appétence, au plaisir, à l’attrait intuitif. Sans doute exactement ce que font les animaux. Et ça marche. Les désordres alimentaires, les frustrations, les addictions disparaissent. Les équilibres physiologiques se rétablissent rapidement, le poids se normalise. Un bien-être durable s’installe.

Ça marche particulièrement bien avec les légumes et les plantes dites « condimentaires ». Ces végétaux contiennent souvent des principes actifs très puissants. Ils sont souvent plus médicinaux qu’alimentaires. Leur ingestion en excès est parfois nuisible. C’est pourquoi le goût de ces plantes vire très vite dès que l’on dépasse la quantité assimilable. C’est le cas par exemple du radis, de la roquette, de l’oignon qui deviennent piquants comme du pigment. Notre système digestif sait parfaitement capter dans ces légumes riches en antioxydants, en vitamines, en oligoéléments, ce dont il a besoin et laisser le reste de côté. Il sait aussi, dans le même temps, annihiler les composés toxiques que contiennent ces aliments. Mais dès que les besoins sont comblés, la présence de ces composés toxiques se fait sentir. L’acide érucique de la roquette la rend piquante. L’acide oxalique de l’épinard le rend soudainement astringent.

Ce que les équipes de Sabrina Kief ont observé sur les chimpanzés d’Ouganda, pourrait de la même manière être observé chez les humains modernes que nous sommes. Il suffirait d’étudier un panel de personnes disposant d’un large choix d’aliments non transformés tels que des fruits, des légumes, des plantes condimentaires et d’observer si les choix alimentaires des participants dépendent ou non de leur état de santé. Il se pourrait que les résultats soient encore plus spectaculaires qu’avec les chimpanzés.

Journal du CNRS : Ces animaux qui se soignent tout seuls
 
Exposition Sur la piste des grands singes