dimanche 29 mars 2015

Que se passe-t-il sur la planète cru ?

Le cru serait-il en train de sortir de l’anonymat ? C’est sans doute un peu trop tôt pour le dire mais ce qui est sûr, c’est que ça bouge sur la planète cru. L’article de janvier sur les possibles dangers des compléments alimentaires a connu un succès historique puisqu’il a été vu par plus de mille trois cent personnes dans la semaine qui a suivi sa parution. C’est à ce jour l’article le plus lu de ce blog. Quant à la page Facebook Manger-cru, le nombre de « J’aime » qu’elle recueille chaque semaine a triplé depuis le début de l’année. Alors qu’il se situait entre 5 et 7 depuis plusieurs années, il est subitement passé à 15, 20, voire plus de 50 la dernière semaine de janvier.

Il faut reconnaitre que ce regain de popularité est largement porté par l’air du temps. La question du réchauffement climatique est sur toutes les lèvres. Celle de la biodiversité n’est pas moins inquiétante. Quant à celle des multiples formes de pollutions, elle suscite autant d’indignations que d’angoisses. Ces questions qui reviennent sans cesse dans les médias et que l’on croise à l’envi sur les réseaux sociaux et Internet interrogent notre mode de vie, notre façon de consommer. Les prises de conscience qu’elles suscitent modifient notre vision du monde, influencent nos comportements jusqu’à nos habitudes alimentaires.

Et c’est sans doute ce qui attire un public toujours plus nombreux vers le blog et la page Facebook « Manger cru ». Même si la plupart ne font que passer, il en restera toujours quelque chose. Car ce qui les a amenés là, c’est tantôt l’éveil d’une conscience citoyenne, tantôt le désir de bien-être et de naturel, tantôt des inquiétudes quant à la nourriture, tantôt des soucis de santé.

Ce blog et cette page Facebook labourent le terrain pour ceux qui suivent et vont donner un nouvel élan à notre démarche. Nous pensons d’abord à tous ceux qui, parmi vous, facilitent notre pratique alimentaire en produisant ou distribuant des nourritures d’une qualité hors norme. Nous pensons aussi à ceux d’entre vous qui, en s'investissant dans la recherche scientifique, contribuent à faire avancer la connaissance et valider nos hypothèses. Nous pensons enfin à toutes les autres initiatives comme, par exemple, le projet NaturEdible.

A ce propos, après une période d’alpha-test pleine d’enseignements, l’équipe de NaturEdible s’est remise au travail. Parmi les nouveautés attendues, le catalogue de nourritures naturelles qui sera intégralement multilingue anglais et français. Les internautes pourront saisir leurs contributions dans l’une de ces deux langues. Le module d’évaluation des nourritures va lui aussi être refondu. Des modules complémentaires sont à l’étude comme par exemple un module qui vous permette de signaler et d’évaluer des producteurs ou des distributeurs ou encore un module de vente directe du producteur. N’hésitez pas à faire part de vos souhaits en ajoutant vos commentaires à cet article. Votre avis nous intéresse énormément. Et bien sûr nous ne manquerons pas de vous tenir informés de l’avancement de ce projet.

mercredi 25 février 2015

Bébés à 3 parents en Angleterre : Doit-on « améliorer » notre patrimoine génétique ?

Les parlementaires anglais viennent d’adopter une loi autorisant les manipulations génétiques sur l’être humain. De quoi s’agit-il ? Chez certaines femmes, les ovules présentent une particularité qui prédispose leurs enfants à certaines maladies dégénératives comme le diabète ou la myopathie. Cette particularité se loge dans l’ADN d’une mitochondrie de l’ovule. L’opération que viennent d’approuver les parlementaires anglais consiste à extraire cette mitochondrie et la remplacer par une autre, extraite de l’ovule d’une autre femme. Ce que retiennent les médias c’est que, biologiquement, l’enfant aura trois parents. En fait, les enfants à naître seront les premiers dont le patrimoine génétique aura été modifié. Ils transmettront cette modification à leur descendance.

Mais cette décision des parlementaires suscite de nombreuses questions. Là où certains louent un progrès décisif contre la maladie, d’autres dénoncent une dérive eugéniste, celle qui consisterait à « purifier » le patrimoine génétique humain. Tout comme une large majorité de citoyens anglais, plusieurs autorités scientifiques ont manifesté leur opposition à cette loi. Ces derniers dénoncent le manque de recul sur les conséquences d’une telle manipulation qui pourrait, selon eux, entrainer d’autres pathologies tel que le cancer.

Ce qui retient mon attention, c’est la visée préventive et non thérapeutique de l’opération. Car il ne s’agit pas de soigner une maladie, mais bien d’éviter qu’elle survienne. C’est l’argument principal des promoteurs de cette technologie. Argument qui devient décisif dès lors que l’on qualifie la particularité génétique incriminée de « dysfonctionnement ». Fait remarquable qui n’est peut-être pas innocent, aucun article rapportant la nouvelle ne publie des chiffres qui quantifient le risque. A savoir : Quel pourcentage de personnes ayant cette particularité génétique développent des maladies ? Les parlementaires anglais disposaient-ils de cette information ?

La génétique est impliquée dans de nombreuses maladies. C’est un fait validé par la science. Cela ne signifie pas que la génétique soit la seule cause de ces maladies. Prenons l’exemple de l’obésité. Il existe aux Etats-Unis, dans l’Arizona, une tribu indienne, les Pimas, particulièrement affectée par cette maladie. Le taux d’individus dont l’IMC (indice de masse corporelle) est supérieur à 30 avoisine les 70%, soit le double de celui de la population blanche américaine. Les enfants Pimas détiennent le triste record du plus important pourcentage d’obésité au monde. Cette tribu compte aussi, proportionnellement, le plus grand nombre de malades de diabète de type 2.

Indiscutablement, cela est dû à des différences génétiques. Cette population est étudiée avec constance depuis plus de trente ans par des équipes scientifiques du monde entier. Elles recherchent ardemment les causes génétiques de l’obésité. Nul doute que si elles les trouvent un jour, l’industrie médicale n’aura de cesse d’y trouver une parade. Et celle-ci sera probablement de même nature que celle que les parlementaires anglais viennent d’autoriser. Elle consistera à modifier le patrimoine génétique de l’ovule afin de « corriger les gènes défectueux». Permettre à des femmes atteintes de cette maladie de ne pas la transmettre à leurs enfants, c’est ainsi, sous ces atours humanistes, que sera présentée la chose. Sauf que la génétique n’est pas la vraie cause de l’obésité. La vraie cause est alimentaire. La génétique n’est qu’un facteur de prédisposition ou un facteur aggravant. Car c’est un fait bien documenté, les indiens Pimas ignoraient cette pathologie avant d’adopter le régime alimentaire américain. Jusque dans les années 50 leur taille était plutôt fine.

Des particularités génétiques, tout le monde en a. Elles ne sont pas neutres. Elles déterminent des fragilités ou des forces, parfois les deux mais elles sont rarement pathologiques ou handicapantes. Ainsi, au contact d’une alimentation inappropriée, les indiens Pimas deviennent obèses et diabétiques quand les blancs européens vont faire des maladies cardio-vasculaires, des cancers, des AVC.
Voilà en quoi la décision des parlementaires britanniques est inquiétante. Elle valide l’idée que notre patrimoine génétique est imparfait et perfectible. Elle admet que nous sommes en droit de corriger ces « imperfections » sans regarder ce que nous cachons derrière ce vocable. Elle est inquiétante parce qu’en allant dans cette direction nous nous attaquons à un édifice extrêmement complexe. Un édifice qui s’est façonné au cours de centaines de million d’années d’évolution, au contact et en interaction avec une nature vierge jusqu’à en épouser parfaitement les contraintes … et les potentialités.

Aussi, avant d’envisager les causes génétiques, ne serait-il pas sage de mettre notre organisme en contact avec un environnement plus conforme à ses données génétiques ? Cela ne veut pas dire quitter son ordinateur, son smartphone, fuir la ville et aller se réfugier dans une forêt vierge. Non, ce n’est pas de cela qu’il s’agit. Par environnement nous devons comprendre « nourriture », « air que l’on respire ». Ce sont là les deux principaux vecteurs d’interactions et d’échange entre notre organisme et le monde extérieur. Autrement dit, respirer un air sain, faire une bonne place aux fruits et aux légumes en crudité, ne pas hésiter à faire de temps en temps des repas exclusivement crus, par exemple à la belle saison, voire plus si le cœur vous en dit.

Mommy, daddy... and mommy : vers des bébés à "3 parents" au Royaume-Uni
 
L’environnement des indiens du sud des USA est devenu obésogène
 
En Arizona, les Indiens pimas recordmen du diabète.