mercredi 28 janvier 2015

Compléments alimentaires : Pourquoi il faut s’en méfier !

Tous les sites web et les magazines traitant peu ou prou de santé, de nutrition, de médecine naturelle, de sport voire de bien-être en parlent. Il en existe pour tout : pour dormir, mincir, bronzer, avoir une belle peau, ralentir le vieillissement, faire pousser cheveux et ongles, donner de la vitalité, de l’énergie, contre la fatigue, la dépression, les douleurs articulaires, le cholestérol, les troubles intestinaux et ceux de la ménopause. Les compléments alimentaires sont devenus l’appoint incontournable à la nourriture quotidienne de plus d’un quart des femmes et de 15% des hommes (selon le site Doctissimo). 

Le complément alimentaire est un médicament qui ne dit pas son nom

Dans le but louable de protéger le consommateur, une loi réglemente les allégations de santé sur les produits alimentaires. Elle oblige les fabricants à en apporter la preuve scientifique. Aussi, pour que vous puissiez acheter un complément alimentaire censé ralentir la chute des cheveux, le fabricant a dû présenter des preuves scientifiques à l’autorité de régulation. A première vue, cette législation semble pertinente. En fait, elle ne l’est pas. Car ce que l’on demande au fabricant n’est pas de démontrer l’efficacité de son produit mais de justifier les allégations de santé sur la base d’études scientifiques. C’est subtil mais avec un exemple c’est plus clair. Dans le domaine médical, il existe des centaines de milliers d’études qui portent sur les propriétés biochimiques de métabolites présents ou susceptibles de l’être dans notre organisme. On peut ainsi, en cherchant bien, trouver quelques études concernant la kératine, le composant principal des ongles et des cheveux. Et parmi ces études, certaines signaleront que tel métabolite améliore la production de kératine. Il suffit alors à un fabricant de mettre au point une gélule contenant ce métabolite miracle. Il s’appuiera sur ces études pour justifier des allégations telles que : « stoppe (ou ralentit) la chute des cheveux » ou encore « favorise la repousse des ongles et des cheveux ». Il précisera même dans sa notice que l’efficacité de son produit est démontrée scientifiquement. Mais contrairement au médicament, cette gélule n’a pas besoin de faire la preuve de son efficacité réelle, ni d’identifier ses effets secondaires, ni de définir sa posologie, ses contre-indications. Elle a pourtant tout d’un médicament et devrait être considérée comme tel. En effet, tout comme les médicaments, les compléments alimentaires ont des effets indésirables, des contre-indications. Ils ne doivent pas être pris inconsidérément et sur une longue durée. Ils peuvent même s’avérer dangereux ou avoir l’effet inverse de celui recherché. C’est typiquement le cas des antioxydants, fortement déconseillés en cas de cancer. Suite à de nombreux signalements d’effets indésirables, l’ANSES (Agence Nationale de SEcurité Sanitaire) a mis en place un dispositif de vigilance. En quatre ans, elle a recensé pas moins de 1565 signalements. 

En principe, le but des compléments alimentaires est, comme leur nom l’indique, de palier à des carences alimentaires. Ils se distinguent des médicaments en ce sens qu’ils n’ont pas été conçus pour traiter une ou plusieurs pathologies bien identifiées. Mais c’est bien là leur seule différence. En réalité, les compléments alimentaires ne sont pas des produits anodins comme le laisse penser leur appellation. La prudence vous conseille de n’y recourir que sur avis médical. En effet, depuis quelques années déjà, on soupçonne les antioxydants pris en compléments alimentaires d’avoir l’effet inverse de celui recherché. Des études récentes ont montré qu’ils augmentaient le risque de cancer du poumon et celui de la prostate au lieu de le réduire. Ce que l’on découvre pour les antioxydants a toutes les chances de se répéter pour d’autres types de compléments alimentaires. Même si certains d’entre eux se révèlent réellement efficaces, leur utilisation n’est pas toujours sans dangers. Ce n’est pas parce qu’ils sont à base de plantes qu’ils sont inoffensifs.

Pris en automédication, le risque est grand de faire un mauvais diagnostic. Ce n’est pas parce qu’une publicité prétend que le corps à besoin de magnésium que votre organisme en a effectivement besoin. Et quand bien même vous en auriez besoin, le risque est grand de surdoser.

Ayez une alimentation complète, plutôt que de la compléter

Aussi, plutôt que de complémenter votre alimentation, veillez à avoir une alimentation complète. Concernant les antioxydants, le site web « La maison du cancer » affirme qu’ils sont moins efficaces en compléments qu’apportés par l’alimentation. Il donne l’explication suivante : « Il existe des synergies entre les différents constituants d'un même aliment, ce qui renforce ses effets bénéfiques, confirme le Dr Michel Lallement. Ainsi, une étude a montré que le lycopène, un caroténoïde contenu en particulier dans la tomate, était moins efficace en extrait que dans le végétal entier. » Il est probable que de telles synergies existent pour de nombreux nutriments, pas seulement pour les antioxydants. D’ailleurs d’autres études semblent confirmer l’importance de ces synergies jusque dans la manière de préparer les aliments. Ainsi, alors que consommés entiers les fruits diminuent le risque de diabète, ils l’augmentent significativement lorsqu’ils sont en jus. Les chercheurs expliquent cela par la présence de micronutriments qui protégeraient les glucides et qui seraient détruits lors de l’extraction du jus.

Pour que votre alimentation soit riche en tous ces nutriments vendus en gélules, privilégiez les fruits et les légumes. Résistez à la tentation d’en faire des jus. Recherchez la diversité. Ne vous cantonnez pas aux quelques fruits et légumes courants et tellement hyper sélectionnés qu’ils ont perdu la plupart de leurs nutriments. Cherchez de nouvelles variétés, plus rustiques, voire sauvages et consommez les tel quel pour en profiter pleinement, sans vous forcer car le plus important est de prendre du plaisir. Cela devrait suffire à effacer toutes vos carences.

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samedi 27 décembre 2014

Le fruit du Pili

Fruits du pili (photo manger-cru)
La nature regorge d’une immense variété de ressources comestibles méconnues. En voici un exemple. Il s’agit d’un fruit d’une valeur nutritive exceptionnelle. Un fruit qui, s’il était mieux connu et davantage consommé, pourraient contribuer à la réhabilitation écologique de zones tropicales et équatoriales et à la lutte contre la malnutrition dans ces régions du monde : le fruit du pili.

Le Pili (Canarium ovatum) est un arbre originaire de l'Asie du Sud-Est maritime, la Papouasie-Nouvelle-Guinée et l'Australie du Nord. C’est un arbre très rustique, résineux, au feuillage élégant, dont le fruit a l’aspect d’une grosse olive d’environ 5 à 6 centimètres de long, à la peau noire tirant sur le violet. Cette peau assez fine protège une mince épaisseur de pulpe parfois brun-orangé, parfois jaune verdâtre qui enveloppe un noyau difficile à casser qui renferme une amande. Selon Wikipédia (en anglais, il n’y a pas encore de fiche en français), les plantations commerciales qui existent sont pour une utilisation comme arbre d’agrément, pas pour l’exploitation des fruits du pili. Ceux-ci sont récoltés dans les peuplements naturels des montagnes de la région de Bicol aux Philippines.
Photo Wikipedia
La production est donc limitée et irrégulière. C’est la raison pour laquelle la réputation de ce fruit n’a, jusqu’à présent, guère dépassé les frontières de l’archipel des Philippines.

Selon le guide des éditions Bordas, Tous les fruits comestibles du monde de Marie-Pierre Bonnassieux, la noix du pili contient 75% de matières grasses, et 12 à 16% de protéines. De toutes les noix du monde, la noix du pili est celle qui contient le plus d’acides gras saturés et le plus de vitamine E, celle-là même qui protège du cholestérol en l’empêchant de se déposer en plaques dans les vaisseaux sanguins. On peut donc manger la noix du pili sans craindre pour ses artères à condition toutefois de ne pas la griller comme le font souvent les Philippins. Outre le fait que cela dénature les acides gras saturés et détruit la vitamine E, des scientifiques y ont trouvé des niveaux inquiétants d’acrylamides. La pulpe est moins recherchée, ce qui est très injuste car elle est tout aussi nutritive que la noix avec 14,2% de protéines et 6,8% d’acides gras selon The encyclopedia of fruit & nuts, de Jules Janick et Robert E. Paull. Du fait de sa très haute teneur en matière grasse la noix du pili a une saveur beurrée de graines de citrouille rôtie. La pulpe est tout à la fois onctueuse et légèrement fibreuse. Son goût raffiné oscille entre l’olive et le safou, un autre fruit, africain celui-là, qui est lui aussi très gras et trop peu connu. Un article lui a été consacré sur ce blog. Quasiment inconnu en Europe, le fruit du pili devrait connaître la même montée en puissance que la noix de macadamia il y a quelques décennies. C’est, en tout cas, ce que pense Richard A. Hamilton de l’Université d'Hawaii à Manoa, pour qui le fruit du pili possède un grand potentiel de développement. Mais le pili est un arbre dont la propagation est difficile. De plus, il n’est pas facile à cloner. Dans plusieurs fermes sur l'île de Tablas aux Philippines sont actuellement expérimentées des plantations de cultivars sélectionnés. Espérons que ces cultivars seront aussi nutritifs que leurs aînés sauvages. Ce n’est malheureusement pas souvent le cas. Les considérations pratiques, notamment celle de productivité, prennent souvent le pas sur tout le reste.

Tout comme le benkoang, le yacon, l’asimidier et bien d’autres encore, le fruit du pili fait partie de ces milliers de ressources comestibles à haute valeur nutritive, peu ou pas exploitées que l’on trouve dans diverses régions du monde et pas seulement sous les tropiques. L’avenir de notre alimentation est intimement lié à ces ressources comestibles. Si nous ne protégeons pas cette biodiversité alimentaire nous nous condamnons à la malbouffe pour l’éternité car aucun aliment artificiel ne peut égaler en qualités nutritives, gustatives et thérapeutiques ceux que la nature nous donne. Aucun d’eux ne peut être mieux adapté à notre organisme que ceux qui font partie de notre biotope depuis des dizaines de millions d’années. Ceci pour rappeler l’importance du projet NaturEdible qui se donne pour objectif de les recenser et dont nous attendons tous avec impatience la mise en ligne du site web.

Astuce : selon Wikipédia, la coque de la noix du pili est un excellent substrat pour vos orchidées. Décidément tout est bon dans … le fruit du pili.

Autre astuce : Le fruit frais est introuvable en France sauf à certaines périodes chez Orkos. Essayez, ça vaut le coup.


Un site en anglais consacré à la noix du pili

Le fruit du Pili sur Wikipédia

Le safou, une richesse méconnue de la gastronomie africaine

Acrylamides dans l'alimentation