dimanche 30 novembre 2014

NaturEdible se mobilise pour la biodiversité alimentaire

Un durian (© Photofruit.net, B. Vandangeon)
L’alimentation moderne repose sur moins d’une dizaine de ressources naturelles, laissant des milliers d’autres dans l’oubli. Partant de ce constat quelques passionnés ont lancé le projet NaturEdible qui ambitionne de réhabiliter cet aspect inexploré de notre environnement qu’est la biodiversité alimentaire. Ce n’est sans doute pas l’impression que vous en avez lorsque vous arpentez les allées des supermarchés. Pourtant à y regarder de plus près vous vous rendrez compte que tout ce que nous mangeons est fabriqué à partir d’un nombre extrêmement réduit de ressources naturelles. Quelle que soit la période de l’année, quelle que soit la région du globe, malgré la variété des plats et des saveurs, le contenu de nos assiettes est peu diversifié. La plus grosse part de ce qu’elles contiennent est issue d’une racine, la pomme de terre, de trois céréales dominantes : le blé, le riz et le maïs, de produits laitiers et de viandes bovines ou porcines. A cela s’ajoute le sucre, présent partout et en quantité, issu pour l’essentiel de la canne à sucre. Ces quelques ressources végétales et animales concourent à plus de 80% de l’alimentation moderne et leur production massive occupe plus de 90% des terres disponibles à la culture et à l’élevage dans le monde. Ces océans de monocultures et d’élevages mettent à nu la campagne, ratiboisent les forêts, assèchent les zones humides. Ils constituent la principale cause de destruction des milieux naturels et de la biodiversité. En l’espace de quarante ans, la planète terre a ainsi perdu la moitié de ses animaux sauvages. Avec cette alimentation, nous mangeons littéralement notre planète.
Le pire est que cette alimentation n’est même pas saine. Des milliers d’études en ont démontré la nocivité. Trop transformée, trop grasse, trop salée, trop sucrée, elle est chargée de métabolites toxiques issus de la cuisson. Elle est à l’origine de nombreuses pathologies tel que l’obésité, le diabète, les maladies cardiovasculaires, les cancers. La fréquence de ces pathologies lourdes met en péril nos systèmes de santé. Malgré les progrès médicaux constants et considérables, l’espérance de vie plafonne voire décline dès que la situation économique d’un pays s’aggrave.
Les initiateurs du projet NaturEdible ont décidé de réagir en créant un site web dédié à la biodiversité alimentaire afin de populariser les milliers de ressources comestibles de la nature. Pour cela, ils comptent sur la participation des internautes afin d’inventorier et évaluer chacune de ces ressources. Un chantier titanesque que seule la coopération numérique rend possible. Leurs ambitions ne s’arrêtent pas là et NaturEdible n’a pas vocation à être uniquement un wikipédia de l’alimentation naturelle. Si le succès est au rendez-vous, il doit devenir un lieu privilégié d’échange et de partage, un réseau social qui rassemble des gourmets en recherche de produits de qualité, des consommateurs attentif à l’écobilan de leur alimentation, des producteurs ou des distributeurs de ces nourritures exceptionnelles, des étudiants, scientifiques, médecins ou politiques qui s’intéressent aux problématiques de l’alimentation. L’objectif affiché des initiateurs du projet est de proposer une alternative au modèle alimentaire dominant qu’ils jugent ni soutenable, ni souhaitable. Ils entendent faire de NaturEdible la plateforme des acteurs de l’alimentation naturelle, capable de faire émerger une nouvelle filière de distribution alimentaire. Une filière respectueuse de l’environnement, qui concoure à la restauration des sols et de la biodiversité dans son ensemble et qui permet au plus grand nombre d’accéder à une nourriture saine. La date de mise en ligne n’est pas encore communiquée mais promis, c’est pour bientôt.


Nombreuses statistiques sur le site Planetoscope.
 
La Terre a perdu la moitié de ses populations d'espèces sauvages en 40 ans

dimanche 26 octobre 2014

Manger cru, tout simplement

De plus en plus d’internautes réagissent aux articles de ce blog ou postent des messages sur la page Facebook. Souvent leurs réactions portent sur la pratique. Et les questions sont parfois désarmantes. Celle-ci par exemple : « Comment manger cru ? ». Tout le monde mange cru ! Au moins un peu, au moins des fruits ! Ce « comment » suggère-t-il qu’il y aurait une recette ? Le mot recette revient lui aussi souvent, presque systématiquement. Mais aucune recette n’est nécessaire pour croquer dans une pomme, manger un abricot, se gaver de fraises. Manger cru c’est cela, tout simplement. Dernièrement un internaute a posté le message suivant : « Bonjour, je travaille avec des personnes âgées et aujourd'hui elles m'ont parlé de manger cru. Elles aimeraient avoir des informations sur le sujet et comme je n'ai jamais entendu parler de cela je suis perdu. Les personnes ont 65 ans et plus et sont souvent seules à la maison et ne mangent pas bien (souvent des plats surgelés ou ne mangent pas du tout). J'aimerais pouvoir leur expliquer ce que c'est que manger cru et les bienfaits. Leur donner quelques recettes faciles. Merci d'avance. »
Tout d’abord nous avons été quelque peu étonnés d’un tel intérêt pour le cru de la part de personnes âgées. D’après les statistiques de fréquentation de ce blog, ce sujet intéresse majoritairement des femmes dans la tranche d’âge 25-45 ans. De toutes les tranches d’âges, les supérieures sont les moins représentées. Dans la réponse que nous lui avons faite, nous avons insisté sur ce point, la simplicité. Pour manger cru, pas la peine de se compliquer la vie. Il suffit de manger des fruits et des légumes frais sans nécessairement faire des préparations sophistiquées. Le concombre ? Prenez un couteau et dégustez-le en rondelle comme vous le feriez pour un saucisson. La salade ? Pourquoi l'assaisonner ! C'est lui faire perdre son goût. Le poivron ? Dépecez-le et mangez-le tel quel. L'avocat ? Coupez-le en deux et régalez-vous à la petite cuillère. Voici les meilleures recettes pour manger cru au quotidien. Dans les grandes occasions, lorsque vous recevez, pensez à la corbeille de fruits, aux dés de légumes en apéritif. Laissez-vous guider par vos envies. Faites en sorte d'avoir suffisamment de choix. N'oubliez pas les oléagineux (noix, noisettes, arachides fraîches (non grillées), amandes, etc.). Faites germer des légumineuses (lentilles, pois chiche, etc.). Pensez aux fruits de mer, aux coquillages. Les langoustines crues sont délicieuses. Pensez aussi aux œufs, de préférence bio, le jaune contient de la vitamine B12. On peut manger beaucoup de choses crues, c’est-à-dire en se servant directement dans le réfrigérateur ou le garde-manger sans passer par la case casserole, micro-ondes, mixeur. Dressez la table, c’est prêt.
Ce n’est pas de manger cru qui est compliqué, c’est l’idée fantasmée qu’on s’en fait qui complique tout. « Moi, je ne pourrais pas ! » entend-on souvent. Ce n’est pourtant pas un exploit extraordinaire que de faire un repas cru ! Pratiqué de temps en temps, par exemple l’été, suffira pour se rendre compte que finalement … « je pourrais très bien ». Le plus important, ce n’est pas tant de manger cru à 100%, que d’en tirer de vrais plaisirs. Ce sont les sensations nouvelles de votre corps mieux nourri, sensations de légèreté, d’énergie, de bien-être. Ce sont toutes ces saveurs insoupçonnées que nous révèle l’incroyable diversité de nourritures que recèlent nos campagnes, nos forêts, nos mers et nos rivières, nos côtes et nos rivages. Une infinie diversité de saveurs, souvent soutenues, intenses, jouissives.
Au-delà de ces plaisirs, en sus pourrait-on dire, manger cru est l’occasion de se réconcilier avec la nourriture. Si l’on s’abstient de la transformer, si on va au plus simple donc, les sensations de satiété sont nettes. Même si l’on ne résiste pas à ces sucreries naturelles que sont les dattes ou les figues, même si on adore les arachides ou les avocats, on ne risque pas de grossir. Pas besoin de surveiller son poids. Pas besoin de se morigéner. Pas besoin de s’interdire de quoi que ce soit ni de s’obliger à manger ceci ou cela. Car il est une chose essentielle que l’on découvre en mangeant cru : Le goût n’est pas un sens objectif. Il varie en fonction des besoins du corps. Ce qui est excellent au début du repas peut devenir quelconque, voire désagréable en fin de repas. C’est la satiété. Ordinairement, dans un contexte d’alimentation artificielle, cette satiété s’exprime surtout par une sensation de trop plein qu’on appelle aussi réplétion. Une sensation à laquelle on s’habitue. Elle vient alors de plus en plus tard et c’est ainsi qu’on en vient à manger beaucoup trop. Avec des aliments non transformés, la satiété s’exprime différemment selon les aliments. Tel aliment n’a plus de goût, tel autre vire à l’acide, tel autre irrite la langue, tel autre l’assèche. Ces modifications de goût s’expliquent par la réaction de l’organisme au contact de l’aliment. Il s’agit là d’un champ de recherche nouveau qui commence tout juste à être défloré.
Sans doute serait-il opportun d’inventorier toute cette richesse comestible dont nous gratifie la nature et pour chacune de ces nourritures décrire ses caractéristiques organoleptiques. Le parfum et le goût de l’aliment quand il correspond aux besoins de l’organisme. La manière dont la satiété s’exprime. C’est justement une des fonctionnalités de la plateforme internet sur laquelle travaille d’arrache-pied le groupe de passionnés dont nous vous avons parlé dans notre précédente publication. Aux dernières nouvelles la mise en ligne est pour bientôt.