jeudi 30 juillet 2015

Ce que vous devez savoir sur le miel

photo http://www.dominiquemary.fr/
A force d'étudier séparément les antioxydants, acides aminés, vitamines, acides gras et autres oligo-éléments, beaucoup de nutritionnistes en finissent par oublier que l'aliment consommé entier constitue un tout dont les effets spécifiques sur l’organisme vont au-delà de ce que fait chacun de ses composants. Les aliments bruts naturels contiennent quantité de substances. Si quelques-unes d’entre-elles sont connues, d'autres restent mystérieuses tout comme les interactions entre elles. C’est le cas pour le miel. Après des milliers d’études scientifiques sur cet aliment, plus de 4000, il garde encore de nombreux secrets. Contrairement à ce que disent certains nutritionnistes, notamment ceux ralliés à la cause de l’industrie agroalimentaire, le miel n’est pas comme du sucre. Il est beaucoup plus que cela car il contient de nombreux composants rares et utiles pour la santé.

Un aliment sain

D’abord comme aliment, le miel, bien que sucré et riche en fructose, n’a pas les effets néfastes que peuvent avoir les sodas, friandises ou sirops vendus dans les supermarchés. Une étude sur trois types de personnes : en bonne santé, diabétiques, ou souffrant d'hyperlipidémie (trop de graisse dans le sang) a révélé que [1] le miel augmente moins la glycémie que le dextrose (glucose) et le saccharose (chimiquement formé de molécules de glucose associées à du fructose), qu’il réduit le taux de protéines C-réactives, un marqueur de l'inflammation et du risque cardiaque, ainsi que les taux de cholestérol, de triglycérides et d'homocystéine, un autre marqueur sanguin associé au risque de maladie cardiovasculaire.
De plus les miels non traités contiennent une abondance d'antioxydants variés qui pourraient avoir des implications majeures pour la santé. De façon générale, la consommation d'antioxydants dans le régime alimentaire est associée à une meilleure santé et un risque plus faible de maladie [2] [3]. Deux études ont révélé que la consommation de miel d'acacia augmente le taux d'antioxydants dans le sang [4] [5].

En usage externe

C’est moins connu mais le miel est très efficace en usage externe. Appliqué sur une blessure, il a des propriétés cicatrisantes et antibactériennes. Il agit contre une soixantaine de germes et contre certaines souches de bactéries multirésistantes aux antibiotiques. Il peut être utilisé contre les infections à E. Coli, Staphyloccocus aureus, Helicobacter pylori et Salmonella. Ces propriétés sont attribuées à sa composition. Acide, il empêche les bactéries de se développer, d'autant plus qu'il est capable d'attirer et absorber l'eau dont elles ont besoin pour vivre. Le peroxyde d'hydrogène qu’il contient est antiseptique et antifongique. Il contient aussi des peptides capables d'inhiber la croissance des germes, et surtout des flavonoïdes et de nombreuses enzymes qui détruisent les micro-organismes en les « digérant ». Le miel est donc une substance vivante hautement active et il n'est pas étonnant qu'il se suffise à lui-même pour le traitement de plaies même ulcérées et contre des infections cutanées, même sévères.

Le miel de Manuka

Un miel a fait son apparition il y a quelques années dans les rayons des magasins bio et diététiques : le miel de Manuka. Son marketing axé sur ses vertus antibactériennes et cicatrisantes lui vaut un vif succès. Selon ses producteurs, le miel de Manuka est bien supérieur aux autres [6]. Il combat des infections bactériennes, y compris résistantes, et guérit mieux des plaies, même ulcérées. Des études, y compris cliniques, confirment la capacité de ce miel à réduire la durée de cicatrisation et le nombre de récidives.
Cependant, cette supériorité est vivement contestée par les apiculteurs français quelque peu échaudés par le succès commercial du miel de Manuka, lequel est produit en Nouvelle-Zélande. Ils expliquent aujourd'hui que si les mêmes études avaient été faites avec des miels locaux (thym, romarin, acacia, lavande, etc.), les résultats auraient sans doute été tout aussi flatteurs. Mais l’apiculture française ne bénéficie pas du soutien d’un gouvernement qui consent à investir dans la recherche, comme c’est le cas en Nouvelle-Zélande. Grâce à cette différenciation commerciale, le miel de Manuka se paie au prix fort alors qu’il n’est pas certain que ses vertus thérapeutiques soient si exceptionnelles. Elles pourraient même être inférieures à celles des autres miels [7] !

Le miel est un aliment à part entière.

Il fait partie de la palette alimentaire humaine depuis la préhistoire. Il ne fait aucun doute que notre organisme y est parfaitement adapté à condition évidemment qu’il ne soit pas dénaturé. En effet, faut-il le rappeler, les miels des supermarchés subissent toutes sortes de traitements. Ils sont souvent mélangés et chauffés pour rester liquides. Des adjuvants sont quelques fois ajoutés pour améliorer leur onctuosité ou leur couleur. Ces miels peuvent aussi contenir des traces de produits phytosanitaires provenant soit des cultures butinées, soit de traitements pratiqués par les apiculteurs sur leurs ruches.
En revanche un miel bio naturel provenant de zones éloignées des sources de pollution, récolté sans enfumage, dont les abeilles ne sont pas nourries au sucre l’hiver mais avec leur propre miel, sera loyal et généreux. Généreux parce qu’un tel miel vous procurera des sensations inégalées et loyal parce qu’il vous signalera quand vous arrêter. Ainsi vous en mangerez avec plaisir tant que votre organisme sera en demande de cette bonne énergie et en capacité de l’assimiler. Dès que vous aurez fait le plein, la satiété se manifestera sans ambiguïté : langue qui chauffe, qui pique, bouche en feu comme avec du piment. Ça vous décourage instantanément de continuer. Allez-y en confiance, avec ces miels là, vous ne risquez pas la surcharge glycémique.


[1] Natural honey lowers plasma glucose, C-reactive protein, homocysteine, and blood lipids in healthy, diabetic, and hyperlipidemic subjects: comparison with dextrose and sucrose
 
[2] Honey promotes lower weight gain, adiposity, and triglycerides than sucrose in rats
 
[3] Substituting Honey for Refined Carbohydrates Protects Rats from Hypertriglyceridemic and Prooxidative Effects of Fructose
 
[4] Buckwheat Honey Increases Serum Antioxidant Capacity in Humans
 
[5] Honey with High Levels of Antioxidants Can Provide Protection to Healthy Human Subjects
 
[6] Les bienfaits du miel de Manuka
 
[7] Le miel de Manuka est-il vraiment supérieur aux autres ?

samedi 27 juin 2015

Qu’est-ce que le crudivorisme ? Les réponses à vos questions ...

Ce mois-ci je vous propose quelques réponses aux questions qui reviennent les plus souvent dans vos messages à propos de l’alimentation crue. En espérant qu’elles vous seront utiles.


Ne risque-t-on pas de se carencer en mangeant cru, notamment en hiver ?

Si vous mangez cru en vous abstenant de mélanger, broyer, assaisonner ou réduire en jus, vous avez les meilleures chances d’avoir une alimentation bien équilibrée. En préservant les saveurs originelles des aliments, cette façon de manger cru permet à votre corps de bien identifier les aliments et d’en extraire ce dont il a besoin avec exactitude.


Sans assaisonnement, les légumes doivent être immangeables ?

Il faut parfois un certain temps d’adaptation pour apprécier les légumes tels que les diverses sortes de salades ou de choux, les brocolis, fenouil, céleris. Ce sont des aliments très riches en nutriments essentiels qui contribuent énormément à l’équilibre métabolique. Consommés régulièrement, même en quantité modeste, ils renforcent le niveau général de plaisir lors des repas.


Justement, le fait de les rendre plus faciles à manger, en les assaisonnant par exemple, devrait permettre de mieux profiter de leur richesse en nutriments ?

Justement non, parce que le mélange des saveurs trouble le travail de notre bulbe olfactif chargé d’analyser ce que nous mangeons. De ce fait, il transmettra des instructions plus ou moins pertinentes au système digestif. La sécrétion des sucs digestifs en sera perturbée. Parfois ceux-ci ne seront pas les bons, parfois ils seront trop abondants, parfois en quantité insuffisante. Il s’en suivra une digestion imparfaite, certains nutriments pouvant ne pas être assimilés alors que d’autres moins nécessaires passeront dans le sang en surnombre. Au bout du compte, les apports ne correspondent pas aux besoins.


C’est quand même mieux de manger cru assaisonné que cuit ?

Bien sûr. Les transformations chimiques induites par la cuisson sont autrement plus problématiques pour notre système digestif qui doit faire face à une multitude de molécules nouvelles inconnues de notre patrimoine génétique. Il n’empêche, si vous prenez l’habitude d’altérer le goût originel de vos aliments vous perdrez en plaisir. C’est paradoxal et contre intuitif mais c’est la réalité. Cela est dû au décalage créé par l’artifice entre l’analyse du contenu et la réalité des apports nutritionnels. La fonction principale du goût est de nous attirer vers ce qui est bon et utile à notre corps et de nous éloigner de ce qui est néfaste ou inutile. Elle a pour effet de nous donner du plaisir à manger ce qui est bon et utile et de rendre insipide, voire désagréable, tout le reste. Sucrer, saler, épicer, ajouter de la sauce, tous ces artifices détournent notre sens du goût de sa fonction régulatrice. A cause de ce détournement, la répétition de sensations gustatives dénaturées se traduit invariablement par une baisse du niveau de plaisir. Un nivèlement par le bas auquel se conjugue un sentiment de frustration latent qui se traduit souvent par un rapport conflictuel à son alimentation : comportements compulsifs, addictions, boulimie, culpabilité, sentiment de se faire du mal, etc.


Peut-être mais quand même, ça ne vous manque pas un bon Cabernet, ou un bon vin de Bordeaux ?

C’est un autre effet de l’alimentation transformée. Elle contient parfois des molécules qui agissent sur les centres du plaisir. C’est le cas, entre autres, de l’alcool. Alors c’est vrai que les vins donnent des sensations de plaisir, mais de plaisir vide car c’est un plaisir qui n’est pas la récompense d’un apport utile à l’organisme. C’est même un plaisir dangereux car il devient très vite addictif.


Ce régime n’est-il pas contraignant ?

« Régime » n’est pas le terme approprié dans la mesure où il s’entend habituellement comme un mode d’alimentation temporaire et contraint ayant généralement un but thérapeutique. Bien que s’abstenir de toute forme de transformation puisse apparaître comme une contrainte, le crudivorisme n’est en rien contraignant puisqu’il consiste à manger selon son bon plaisir sans se soucier d’équilibre diététique ni de quantité.


Justement n’y a-t-il pas des quantités journalières recommandées ? Je mange beaucoup de carottes et j’ai lu un article qui dit que cela peut favoriser le cancer du poumon. Je mange beaucoup de dattes j’ai peur d’avoir trop de sucres. Ne risque-t-on pas des carences en protéines ?

Sous réserve d’un bon approvisionnement en fruits, légumes, oléagineux, miels, etc., y compris des produits animaux, crustacés, coquillages, poisson, viandes (même si c’est occasionel), sous réserve que ces nourritures soient de bonne qualité, bio de préférence, et qu’elles ne soient pas dénaturées par du broyage, des mélanges, de l’assaisonnement, vous pouvez faire confiance en vos sensations, en vos perceptions olfactives et gustatives. Elles sont fiables.
N’ayez aucune crainte. Si la carotte est bonne pour vous, c’est que votre organisme en a besoin. Si ce n’était pas le cas, vous n’auriez aucun plaisir à en manger. De même pour les dattes qui, comme le miel ou les fruits secs, donnent en bouche des sensations de brûlure quand l’organisme a fait le plein.
Pour ce qui est de l’équilibre nutritionnel en général et des protéines en particuliers, elle est garantie par la diversité. Vous trouverez les protéines végétales dans les oléagineux, les avocats, le safou, les légumineuses. Ne négligez pas les protéines animales comme les œufs, les fruits de mer, le poisson, la viande. Dans les légumes vous trouverez quantités de principes actifs et de micro-nutriments qui vont contribuer à votre équilibre métabolique. Pour ce qui est des fruits, n’hésitez pas à élargir votre choix au maximum. Recherchez les variétés anciennes, souvent beaucoup plus nutritives. Ne vous contentez pas des fruits locaux, surtout en hiver. Un apport de fruits exotiques est souvent nécessaire sous peine de ressentir à la longue de la frustration, voire des envies de retour au cuit. Cet apport peut être modeste, 10% suffisent largement, mais il est nécessaire.


La viande crue ?! Vous mangez de la viande crue ?

Oui bien sûr. La viande est d’ailleurs bien meilleure crue que cuite. Ceux qui affirment que la cuisson attendri la viande se trompent lourdement. S’ils prétendent cela c’est qu’ils n’en n’ont jamais mangée crue. Les bons bouchers testent la viande en la goûtant crue. C’est ainsi qu’ils peuvent réellement se rendre compte de sa qualité. Cela dit la viande reste une part modeste de l’alimentation humaine. Modeste mais nécessaire, notamment à cause de la vitamine B12. A défaut de viande, les œufs constituent une bonne source de cette vitamine quasiment introuvable dans le monde végétal. Il faut savoir que cette vitamine n’est pas synthétisée par l’organisme, qu’elle doit impérativement être apportée par l’alimentation sous peine de carence dont les conséquences ne sont pas anodines.


Que répondez-vous à ceux qui refusent la viande par respect de la vie animale ?

Quelque soient les raisons philosophiques, religieuses ou autres, qu’elles soient bonnes ou pas, elles ne peuvent se substituer aux fondamentaux de notre constitution biologique. Pour ceux que cette réalité indispose, il reste la possibilité de prendre de la B12 en comprimé sur prescription médicale.


Reste le problème de l’impact écologique. Celui de la viande est particulièrement désastreux.

Il est dû à la consommation largement excessive de viandes dans les pays développés. Pour être consommée crue la viande doit provenir d’animaux en bonne santé, élevés toute leur vie dans leur milieu naturel, pratiquement à l’état sauvage, sans apport de nourriture en hiver, sans soins artificiels tels que des vaccinations ou des antibiotiques. De tels élevages, il en existe, ont un impact positif sur l’environnement. Ils contribuent efficacement à l’entretien d’espaces naturels parfois peu accessibles et à la régénération des sols grâce à leurs déjections. Bien que peu productif, ce type d’élevage peut largement suffire aux besoins humains partout sur la planète. On est loin des élevages concentrationnaires industriels.


Et les fruits exotiques ? Par idéal pour le bilan carbone !

Il est quand même bien meilleur à celui des produits alimentaires de la grande distribution. La part de produits exotiques peut rester modeste, de l’ordre de 10%. C’est la pauvreté de la biodiversité locale qui la rend nécessaire. Pour maximiser l’approvisionnement local, il faut privilégier les variétés rustiques et réhabiliter des fruits et légumes méconnus afin d’améliorer la couverture nutritionnelle et limiter ainsi le recours à des produits importés de pays lointains.


Quel nom donnez-vous à ce régime ?

A cette pratique alimentaire ? Crudivorisme, tout simplement. Le mot vient d’entrer dans le dictionnaire.