dimanche 8 février 2009

Manger la viande crue. Un geste pour la planète ?

N’en déplaise à certaines consciences végétariennes, la consommation de viande semble bel et bien faire partie de la palette alimentaire de l’espèce humaine.
S’il est vrai que dans notre société la manière dont sont traitées les bêtes à viande trahit souvent une absence totale de considération pour la vie animale, s’il est vrai que les pratiques habituelles de nombreux professionnels de cette filière heurte toute conscience attachée au respect de la vie, force est de constater que même les peuples primitifs qui voient l’animal comme une personne ne s’interdisent pas de le tuer pour le manger. Qu’ils aillent jusqu'à s’excuser de prendre leur vie, jusqu’à rendre leurs ossements pour apaiser leur colère, cela ne signifie-t-il pas que la réalité de leurs besoins nutritionnels est plus prégnante encore que leur respect pour ces êtres qui sont leurs frères ?
Sans doute le fait de la consommer crue, comme le font les Inuits du Grand Nord Canadien, plutôt que cuite, participe-t-il de cette symbiose avec l’environnement qui caractérise l’état d’esprit de ces peuplades primitives. Le goût fondant, riche et profond de la chair sauvage, cette plénitude qui accompagne la satiété vous incline à penser que le plaisir que vous ressentez là est un don de l’être tué, que par son sacrifice il vous transmet, à vous, à vos enfants, à votre famille sa vitalité et sa force.
Depuis plus de vingt ans que je mange régulièrement de la viande crue, que j’en ressens les bienfaits, bien que je n'ai pas encore vu d'études scientifiques sur ce sujet, je comprend le respect que le sauvage porte à ses proies. Je comprends qu’il veille à ne pas susciter leur courroux, à ne pas les tuer inutilement, à ne pas détruire leur habitat.
Car pour manger la viande crue, pour qu’elle vous gratifie de ses bienfaits, il faut que l’animal ait vécu normalement, c'est-à-dire dans son milieu naturel, en totale liberté toute l’année, qu’il se soit nourrit lui-même, sans apport artificiels. Ces animaux là ne tombent pas malades, n’ont pas besoin de médicaments ou d’antibiotiques et les femelles mettent bas sans le vétérinaire. Les élevages qui respectent les animaux, leur mode de vie et leur écosystème sont rares, mais ils existent et méritent d’être signalés et encouragés. Dans son très beau livre « Les bisons du cœur brisé » Dan O’Brien, écologiste de formation, témoigne de son expérience d’éleveur installé dans les grandes plaines du Middle-West américain. Consterné par les dégâts écologiques provoqués par l’élevage des vaches, il en vient à abandonner ces animaux importés d’Europe par les colons du 19ème siècle pour les remplacer par des bisons. Contre toute raison économique, il fait le choix du cœur lorsqu’il décide de les laisser vivre libres sur ses terres plutôt que de les engraisser au maïs. Alors le miracle se produit, grâce à la présence des bisons, cette terre revit. Toute une flore et une faune sauvage qui avaient disparues depuis des décennies réapparaissent. Car contrairement aux bovins européens, le bison est un élément essentiel de l’écosystème des Grandes Plaines du Middle-West. Et plutôt que d’emmener ses bêtes à l’abattoir, de leur faire subir le stress d’une rafle suivie d’une sinistre déportation, il confie à son ami cherokee le soin de tuer sur place, comme le faisaient ses ancêtres un siècle plus tôt, celles qu’il a sélectionnées. Prendre au troupeau juste ce qu’il faut, quand il faut, pour assurer la survie économique de l’élevage, gage de pérennité du troupeau. Ce n’est pas l’abattoir, mais presque un rituel. Pour Dan O’Brien, c’est une moisson. Cette façon de concevoir l’élevage n’est pas banale. Elle se fonde sur l’idée que la terre que l’on cultive, les bêtes que l’on élève ne sont pas des choses malléables à merci, transformables à façon, commercialisables sans vergogne, mais au contraire forment un tout foisonnant de vies et d’interdépendances auquel nous sommes intimement lié. C’est admettre que le respect de cette diversité et de cette vie omniprésente, la préservation de leurs interrelations complexes est nécessaire à notre propre survie. C’est prendre conscience que ce tout est notre planète et que d’elle dépend notre avenir.


Le livre de Dan O'Brien : Les bieons du coeur brisé aux éditions A Vue d'Oeil

Le site web du ranch de Dan O'Brien

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