samedi 30 mai 2015

Ce que les grands singes pourraient révéler sur nous-même

Un des événements marquant de l’actualité culturelle parisienne du mois de février dernier fut l’ouverture de l’exposition « Sur la piste des grands singes » au Muséum d’Histoire Naturelle de Paris, exposition que vous pouvez visiter jusqu’au 21 mars 2016. Inaugurée en grande pompe par plusieurs ministres dont ceux de la culture et de l’écologie, elle fut largement médiatisée. Et ce qui a retenu l’attention des médias est cette capacité extraordinaire qu’ont les signes à se soigner par eux-mêmes.

C’est en effet une des avancées marquantes dans la connaissance que nous avons de nos plus proches cousins. Nous les savions intelligents, nous nous étions rendu-compte qu’ils étaient capables d’utiliser des outils, d’avoir des comportements culturels, d’avoir une conscience d’eux-mêmes et même de rire, de plaisanter ou de ressentir de l’empathie. Toutes choses que l’on croyait propre à notre genre humain. Nous découvrons aujourd’hui qu’ils savent spontanément quelles plantes utiliser pour apaiser leurs maux, chose dont nous sommes bien incapables. Ainsi, par exemple, pour soigner des maux de ventre vont-ils grignoter l’écorce d’une espèce d’arbre particulière, l’albizia. Pour expulser des parasites intestinaux, ils roulent les feuilles rugueuses et velues d’aspilia qu’ils avalent sans les mâcher.

Les chercheurs voient dans ces comportements la possibilité de découvrir des principes actifs inconnus susceptibles d’être utilisés pour créer de nouveaux médicaments. Moyen pour eux d’intéresser l’industrie pharmaceutique à leurs recherches et d’en obtenir des financements.

Mais comment font ces animaux pour identifier les plantes qui peuvent les soulager ? Comment déterminent-ils quelle partie de la plante utiliser et quelle quantité consommer ? Ces questions restent d’autant plus mystérieuses pour les chercheurs qu’il n’y a visiblement aucune transmission générationnelle de ce savoir. Les singes ne sont d’ailleurs pas les seuls animaux à pratiquer l’automédication. Elle a été observée même chez des insectes. Quelle est donc cette préscience dont bénéficient les animaux et dont nous serions privés ?

Mais en sommes-nous vraiment privés ?

En partageant leurs observations avec les populations locales, les chercheurs se sont rendu compte que les guérisseurs utilisent les mêmes plantes pour les mêmes usages que les animaux de la forêt. Peut-être est-ce là le signe que les peuples primitifs n’étaient pas totalement dépourvus de cette préscience si largement répandue dans le règne animal. Sommes-nous si éloignés, coupés de notre nature animale que cette préscience serait inaccessible à nous autres modernes, pétris de technosciences ?

Je n’en suis pas certain. Je pense même le contraire. Depuis longtemps sur ce blog, je défends cette pratique du crudivorisme sensoriel qui consiste à manger cru en évitant les mélanges ou les transformations telle que l’extraction de jus, le broyage ou l’assaisonnement afin de préserver les goûts et consistances originels des aliments. Ce n’est pas par intégrisme, ni pour satisfaire une idéologie jusqu’au-boutiste d’un retour à la vie sauvage. Il s’agit simplement de permettre à cette préscience de s’exprimer.

De même que notre corps réagi au chaud et au froid, de même qu’ainsi il nous signale en fonction de l’état dans lequel se trouve son métabolisme s’il apprécie ou pas l’effet de la température par des sensations tantôt agréables tantôt désagréables, de même, lorsque nous ingérons un aliment, notre corps réagit en fonction de son état physiologique. Dès la mise en bouche, avant même parfois, nos organes sensoriels olfactifs et gustatifs se mettent en alerte. Le bulbe olfactif analyse la composition chimique de l’aliment. Sous réserve que cet aliment soit cru, non dénaturé ou mélangé à d’autres, le bulbe olfactif identifie les nutriments et les principes actifs qu’il contient, quantifie les besoins qu’en a l’organisme. S’il y a adéquation entre l’offre et la demande, nous ressentons du plaisir, un plaisir d’autant plus intense que la demande est forte. Inversement, à défaut de demande, l’aliment perd toute saveur, voire devient d’autant plus désagréable que l’offre est en excès. Le crudivorisme sensoriel permet à tout un chacun d’expérimenter facilement la variabilité des goûts qui témoigne de la variabilité de nos besoins nutritifs. C’est une pratique alimentaire indépendante de toutes considérations idéologiques, religieuses, culturelles, scientifiques ou même médicales. Elle laisse libre court aux sensations, à l’envie, à l’appétence, au plaisir, à l’attrait intuitif. Sans doute exactement ce que font les animaux. Et ça marche. Les désordres alimentaires, les frustrations, les addictions disparaissent. Les équilibres physiologiques se rétablissent rapidement, le poids se normalise. Un bien-être durable s’installe.

Ça marche particulièrement bien avec les légumes et les plantes dites « condimentaires ». Ces végétaux contiennent souvent des principes actifs très puissants. Ils sont souvent plus médicinaux qu’alimentaires. Leur ingestion en excès est parfois nuisible. C’est pourquoi le goût de ces plantes vire très vite dès que l’on dépasse la quantité assimilable. C’est le cas par exemple du radis, de la roquette, de l’oignon qui deviennent piquants comme du pigment. Notre système digestif sait parfaitement capter dans ces légumes riches en antioxydants, en vitamines, en oligoéléments, ce dont il a besoin et laisser le reste de côté. Il sait aussi, dans le même temps, annihiler les composés toxiques que contiennent ces aliments. Mais dès que les besoins sont comblés, la présence de ces composés toxiques se fait sentir. L’acide érucique de la roquette la rend piquante. L’acide oxalique de l’épinard le rend soudainement astringent.

Ce que les équipes de Sabrina Kief ont observé sur les chimpanzés d’Ouganda, pourrait de la même manière être observé chez les humains modernes que nous sommes. Il suffirait d’étudier un panel de personnes disposant d’un large choix d’aliments non transformés tels que des fruits, des légumes, des plantes condimentaires et d’observer si les choix alimentaires des participants dépendent ou non de leur état de santé. Il se pourrait que les résultats soient encore plus spectaculaires qu’avec les chimpanzés.

Journal du CNRS : Ces animaux qui se soignent tout seuls
 
Exposition Sur la piste des grands singes

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